Paul MÉRY, s.j.

1880-1970

 

J'avais 19 ans quand j'ai connu Paul Méry, au noviciat des Jésuites, à Saint-Jérôme. Déjà âgé, il y était à la retraite depuis quelques années, après une longue carrière principalement dans l'Ouest canadien. Le P. Méry était d'origine belge (né à Tournai), tout en ayant passé la plus grande partie de sa vie au Canada. Moi qui n'en avais plus depuis longtemps, je me rends compte que je l'adoptai pour ainsi dire comme... grand-père.

Il m'avoua un jour que Méry était le nom de sa mère, qu'il avait lui-même adopté en arrivant au Canada, pour s'éviter de désagréables quolibets. Version francisée d'un vieux patronyme flamand, Canisius, le nom de son père était en effet... Le Chien!

Nous passions un moment à causer ensemble à peu près chaque jour. Il me racontait ses souvenirs. Paul Méry ne détestait pas une petite bière de temps en temps, et il avait un léger faible pour la Molson. «Ce sont des protestants, insistait-il presque chaque fois avec un sourire, mais... ils donnent aux oeuvres...»

Il avait aussi cette habitude, héritée de la «vieille école» -- mais parfois aussi quelque peu sarcastique -- de ne jamais critiquer quelqu'un sans au moins ajouter un commentaire un peu plus gentil: «C'était un imbécile du dernier degré, mais... il avait une excellente dentition par ailleurs...»

La nouvelle de son décès, quelques années plus tard, alors que je me trouvais à l'autre bout du monde, coopérant en Afrique, me laissa triste -- mais serein.

C'est chouette d'avoir encore eu un grand-père, à vingt ans.


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