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Un militant politique de formation ancien CEGEP s’inquiète du système monétaire international et personne ne comprend ses préoccupation ou ne veut les défendre en haut lieu. Ses préoccupations rejoignent à mon humble avis les points de vue du célèbre économiste égyptien Samir Amin.
Dernièrement, je m’interrogeais publiquement face aux réductions du déficit québécois, par tant des dépenses de l’état, de l’ajout de taxes indirectes, (services payés) relativement à l’hypothétique création d’emplois ainsi que des effets pervers possibles de ces mesures sur l’économie et les revenus de l’État.
Revenant à l’économiste égyptien Amin, il soulève les points suivants (La Presse du 15 mai 1996, Montréal, Québec) : « Ce qui me frappe en ces temps où l’on chante la mondialisation, c’est le repli sur soi des pays riches, le retour en force du paroissialisme au détriment des valeurs universalistes. La mondialisation actuelle, c’est le triomphe du capitalisme, de sa domination technologique, médiatique et militaire, mais c’est aussi l’absence de projets de société mondiaux ou même nationaux dans les pays riches.
Pour Amin, le tiers-monde ne pouvait pas se développer parce qu’il ne pouvait pas accumuler du capital, et l’issue était pour lui de se déconnecter du système mondial et de poursuivre un développement autocentré, comme avec la Révolution américaine ou la Révolution chinoise. Samir Amin ne parle plus de déconnection mais de projet global. Le pire ,dit-il, c’est que même les puissances du Nord n’ont pas de projets.
Elles gèrent la crise par l’immédiatisme, les replis ethnicistes et chauvins, la financiérisation de l’économie, les taux de change fluctuants, les luttes aux déficits et la gestion des dettes, en disant qu’il fut vivre avec le chômage. On cherche à faire de l’argent avec de l’argent, sans passer par les circuits productifs seuls aptes à relancer l’économie.
La réplique peut être fasciste, comme en Allemagne et en Italie, ou social-démocrate comme aux Etats-Unis avec le New Deal . Même la guerre froide, avec tous ses méfaits, a valu au monde un demi-siècle d’exceptionnelle stabilité, avec de grands projets de société comme le Welfare State, le socialisme, ou les divers projets nationaux du tiers monde. Mais l’écroulement de l’URSS et du misérable soviétisme a donné le capitalisme sauvage et les guerres ethniques.
La politique de force du Nord, l’arrogance envers le tiers monde et le regard raciste sur une Afrique marginalisée à souhait, nous engagent tous dans un processus de décadence. Mais Haïti, le Bénin, le Liban montrent que l’omnipuissance des forts a ses limites. La remontée économique de l’Asie de l’Est le montre aussi. Le grand vide actuel, c’est l’absence de projets pour régler les crises; on se contente de s’en remettre au marché, la nouvelle Utopie au pouvoir soi-disant autorégulateur. C’est entretenir le chaos, et dans ce vide s’engouffre l’obscurantisme.
Pour y échapper, et pour vaincre cette décadence, il faudra revenir à la raison, au dialogue, à des règles sociales négociées et agréées par et pour tous Mon observateur observe que le système actuel visant une production accrue basée sur la technologie conduit à la concentration des profits.
Il faudrait réduire les heures de travail ainsi que les salaires, l’offre de travail n’égalant pas la force de travail disponible. Face aux pays dits sous-développés, des prix honnêtes de leurs matières premières et de leurs produits conduiraient à une augmentation des conditions salariales et de vie dans ces pays. Ces pays sont laissés à la merci des pays développés qui ne demandent pas mieux que d’en profiter.
Certains considèrent malheureux que le système communiste résultait en une démotivation entre autres en raison de ses objectifs égalitaires sinon égalisateurs. L’économie (nationale et internationale) étant complexe, il est hasardeux d’essayer de l’encadrer , de la planifier rigoureusement sans nuire au dynamisme, à l’initiative et à la création des très nombreux intervenants!
D’autres rêvent aux politiques monétaires de l’ancien parti créditiste notamment à l’impression de monnaie additionnelle en cette ère de « rationalisation ». De nouveaux dollars valant combien sur les marchés internationaux ?
Une saine diversification des investissements, particulièrement pour l’économie d’un petit pays, afin de minimiser les risques et de maximiser les rendements ne suppose-t-elle pas la possession de certains avoirs dans d’autres pays et vice-versa. Les capitaux étrangers sont bienvenus, ils permettent de créer des emplois. Très bien ! Toutefois, ces investisseurs sont ici pour un certain temps (selon le rendement) pour faire fructifier leur capitaux.
On est en droit de se demander quel niveau d’autofinancement national des finances publiques et autres est souhaitable dans ce contexte de mondialisation et de libre échange? Jusqu’où pouvons-nous mettre nos oeufs dans le même panier en misant sur le potentiel de notre pays? L’économie d’un grand pays comme certains d’Europe peut absorber des compressions draconiennes entre autres dans la fonction publique mais quand est-il de celle du Québec?
Certains pays ont déjà fait l’objet de telles mesures et leur économie se retrouve à nouveau en eaux troubles. On est en droit de se demander jusqu’où nos voisins américains sont des adeptes de telles mesures économiques!
Odilon Talbot 861, rue Jean-Collet Boucherville, Québec J4B 3J1
Rédigé et révisé les 6 et 7 juin 1996
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