La démobilisation peut tuer l'entreprise

Certains employés préfèrent quitter le bateau avant qu'il ne sombre. Alain Gosselin, professeur à l'École des HEC de Montréal, explique que «l'entreprise entre alors dans un cercle vicieux: on s'est débarrassé d'un certain nombre de personnes, on a gardé ceux qu'on veut mais ils commencent à quitter. Plus les gens importants vont quitter moins l'entreprise va être performante; moins elle va être performante, plus elle va faire des mises à pied; plus elle va faire des mises à pied, plus ses problèmes seront exacerbés. C'est ce qu'on voit dans beaucoup d'entreprises, il y a des vagues de licenciements parce qu'on ne réussit pas à repartir. C'est dommage parce que les deux perdent: à la fois l'entreprise et les employés sont dans un cercle vicieux.»

En 1992, un sondage de l'American Management Association a révélé que 43% des entreprises sondées avaient procédé à deux restructurations en cinq ans et que 24% en avaient connu trois ou plus. En 1993, un second sondage a démontré que 65% des entreprises qui avaient licencié en 1992 ont répété la manoeuvre l'année suivante.

Dans le milieu des gestionnaires, les partisans des licenciements comme stratégie de gestion affirment que la cure minceur réduit le gaspillage, facilite la prise de décisions et fouette la créativité des employés. Les attentes à court terme des actionnaires peuvent exacerber ce type de gestion: par exemple, en septembre 1996, la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario exigeait, en retour d'un investissement de 70 millions$ dans Toronto Sun Publishing Corp., que celle-ci procède à des compressions de personnel. Interrogé sur le discours paradoxal de la caisse de retraite (qui s'opposait alors aux licenciements dans le secteur de l'Éducation), son président-directeur général, Claude Lamoureux, a laissé tomber: «Comme fonds de retraite, nous recherchons le rendement.»

À l'inverse, on constate que l'abolition de postes mine le moral des employés, élimine l'expertise des vétérans et peut affaiblir les finances l'entreprise. Le dernier sondage de la firme montréalaise Murray Axmith sur Les modalités de licenciement au Canada démontre qu'il y a eu réduction des frais d'exploitation dans 80% des entreprises mais dégradation du moral des employés dans 67% des cas. Près de la moitié (46%) des entreprises sondées affirment que les licenciements n'ont pas eu d'effets sur la productivité et 9% soutiennent que la productivité a chuté après les mises à pied.



SOMMAIRE
Introduction
Quand la hache tombe... Du zèle à la démotivation
Survivants et rescapés: études de cas
Avoir mal à son travail: comme une terreur familiale
Prévenir et guérir? Pop-psychologie individualiste
Quand la hache tombe... La mode du downsizing
La démobilisation peut tuer l'entreprise



© Jean-Sébastien Marsan
Dernière mise à jour: 4 mars 2001