Un dossier de Jean-Sébastien Marsan
(publié dans le magazine Recto Verso no. 270, janvier-février 1998, p. 22-33).

«Survivre nous a jusqu'à présent empêché de vivre»
(slogan popularisé par le mouvement de mai 1968)

Le concept est plus connu en anglais: downsizing pourrait se traduire par «réduction de personnel». Car l'époque est à l'amaigrissement des entreprises. Autrefois accueillantes et dynamiques, des organisations vivent un phénomène sournois: les employés subissent une surcharge de travail, effectuent du temps supplémentaire à outrance, s'absentent pour un rien, sont démotivés, moroses, et même dépressifs... Bref, vraiment pas d'humeur à rigoler, car ils se remettent à peine de licenciements ou d'une restructuration qui a emporté plusieurs de leurs collègues. Ces employés vivent le «syndrome du survivant», nébuleuse de troubles physiques et psychologiques subis par les «chanceux» épargnés par les mises à pied et remues-ménage organisationnels. Le vocabulaire médical pénètre le monde du travail: une organisation qui a licencié au point de perdre toute son expertise, sa mémoire, est atteinte d'«alzheimer organisationnel»; l'obsession de la mise à pied chez certains dirigeants d'entreprises peut aussi cause l'«anorexie organisationnelle». Et il y a le «syndrome du survivant». Un état pernicieux, car il ne s'agit pas d'une maladie qui se soigne avec des pilules, et les remèdes offerts ne s'attaquent pas à la racine du mal. Travail, ô ma douleur!



SOMMAIRE
Introduction
Quand la hache tombe... Du zèle à la démotivation
Survivants et rescapés: études de cas
Avoir mal à son travail: comme une terreur familiale
Prévenir et guérir? Pop-psychologie individualiste
Quand la hache tombe... La mode du downsizing
La démobilisation peut tuer l'entreprise




© Jean-Sébastien Marsan
Dernière mise à jour: 4 mars 2001